Voyage à Madagascar
du 20 décembre 2005 au 2 janvier 2006
d'Ambalavao à Ifaty
Dimanche 25 : Joyeux Noël !
Nous reprenons la route du sud vers 8h30 et dès la traversée d'Ambalavao nous sommes frappés par tous ces gens ayant revêtu leurs plus beaux habits pour se rendre à l'église : hommes en costume-cravate, femmes en robes longues, souvent avec ombrelle ou chapeau, petites filles en robes de satin blanches ou roses... Toute la matinée nous les verrons le long de la route, parfois à des kilomètres du village le plus proche. Cela n'est pas sans nous rappeler le matin de Noël 1996, lorsque nous assistions à la même scène sur la route entre Maroua et Rumsiki, au nord Cameroun... seuls les costumes changent !
Les paysages sont de plus en plus secs, la forêt humide a disparu et, même si les rizières restent fortement présentes, il y a de plus en plus de vastes étendues de pâturages. Au village d'Antanambao nous quittons la RN7 pour une piste d'une trentaine de kilomètres qui nous conduit au coeur du massif de l'Andringitra. Paysage magnifique, bordé de hautes falaises de gneiss, invitant à la randonnée pédestre et à l'escalade. Nous nous installons au Camp Catta, dans un très agréable bungalow tout en bois ouvrant sur la vallée. Le Camp Catta, tenu par un vahasa passionné d'escalade, est un point de départ idéal pour les randonnées et l'escalade (de nombreuses voies ont été tracées par des alpinistes venus du monde entier).
Bien que tentés par la grimpette au "caméléon", la pluie menaçant, nous nous contenterons modestement l'après-midi d'une balade de 3 heures, à la découverte des makis catta et de la vallée. Nous serons d'ailleurs copieusement arrosés par un bon orage, preuve qu'il était plus raisonnable de ne pas se lancer dans une ascension !
La traversée du village est l'occasion de bavarder avec l'infirmière du dispensaire, dont la tâche est immense, en ce coin reculé, pour venir en aide à une population sous-alimentée, exposée aux épidémies (paludisme, diphtérie, lèpre,...) et pour lutter contre les conséquences du poids des traditions (grossesses trop nombreuses, trop précoces, avortements "bricolés" etc...). A la sortie du village nous passons quelques instants avec ce groupe de jeunes filles pilant les céréales pour le repas du soir.
Lundi 26.
C'est avec un peu de regret que nous reprenons la route du Sud : nous aurions volontiers prolongé d'une journée cette étape dans l'Andringitra. Comme la veille, plus les kilomètres défilent et plus le paysage se désertifie. Nous franchissons les "portes du Sud" et pénétrons dans la région des grandes steppes, territoire des Bara, éleveurs et... voleurs de zébus. Le vol de zébus est une tradition pour cette ethnie : un jeune homme amoureux se doit de voler le plus grand nombre de têtes possibles pour prouver à sa belle qu'il est digne de l'épouser ! Il ne faut donc pas s'étonner de voir que les gardiens de troupeau sont tous armés ! Ce matin, en quittant le Camp Catta, nous avons d'ailleurs dépassé toute une troupe d'hommes et femmes armés, qui de fusils, qui de sagaies, qui de gourdins, et encadrée par quatre militaires en uniforme : il s'agissait des habitants d'un village qui partaient à la poursuite de voleurs de zébus qui venaient de sévir dans la région.
Nous nous arrêtons à Ihosy pour déjeuner (remarquables peaux de crocodiles en décor dans le restaurant) et pour poster nos cartes : l'achat de 25 timbres pour la France représente une telle somme (pour les Malgaches) que nous ne sommes pas servis au guichet mais introduits dans le bureau du receveur qui, en personne, va sortir les timbres de son coffre-fort, encaisser l'argent et...... tamponner les cartes devant nous ! (Michel nous avait recommandé de le faire faire en notre présence, pour être certains que les timbres ne seraient pas décollés et récupérés après notre départ - cette pratique nous fait penser à Paul, le coursier du lycée de Ndjamena, qui s'y adonnait lorsqu'il avait besoin d'argent pour parier au PMUT).
En début d'après midi l'horizon sud est barré par un massif calcaire, surgissant au milieu du paysage de western que forment ces immenses plaines parsemées de troupeaux : le massif de l'Isalo.Quelques kilomètres après Ranohira nous prenons nos quartiers à l'Isalo Ranch où nous allons rester 2 nuits afin de randonner à pied dans le parc. La fin de la journée sera consacrée à un premier contact avec le parc de l'Isalo et à l'attente du coucher du soleil à travers la "fenêtre de l'Isalo"... malheureusement pour nous, c'est derrière les nuages que le soleil se couche ce soir !
Mardi 27
Nous prenons un guide à Ranohira et consacrons la journée à une longue promenade à pied dans le massif de l'Isalo. Journée très agréable : paysages tourmentés, dûs à l'érosion du massif calcaire, succession de gorges, de canyons, de défilés, un arrêt rafraîchissant au bord d'une piscine naturelle, le pique-nique près de la cascade des nymphes, une nouvelle rencontre avec les lémuriens, un guide qui connaît bien le terrain, la faune et la flore du parc et qui nous raconte les traditions des Baras, notamment les rites funéraires qui consistent à enterrer d'abord le mort sous un amas de pierres dans le fond d'une gorge, puis à le déterrer un ou deux ans plus tard pour la fête de "retournement des morts", avant de percher le corps dans son tombeau définitif, amas de pierres dans une grotte, ou une anfractuosité de la falaise, quasi inaccessible - nous verrons plusieurs de ces tombeaux au cours de la journée.
Mercredi 28
Nous quittons le massif de l'Isalo pour la dernière étape de notre périple. Au fil des kilomètres, ce dernier tronçon de la RN7 nous transporte de l'Ouest américain à l'Afrique.
L'Ouest américain d'abord avec les villes champignons qui ont poussé en quelques années à proximité des gisements de saphir. On se croirait vraiment à l'époque de la ruée vers l'or lorsque l'on traverse Ilakaka... notre chauffeur est manifestement terrorisé à l'idée de se faire agresser si l'on devait s'y arrêter et nous encourage à filmer depuis le 4x4, tout en roulant. Il faut dire que les regards sont peu amènes et que l'on sent une grande tension : ici la découverte d'un petit caillou peut vous rendre millionnaire du jour au lendemain... Tout au long de la rue principale les prospecteurs négocient, accroupis dans la poussière, les pierres qu'ils ont trouvées en "barattant" la terre dans la rivière, en espérant que s'y trouve le saphir tant convoité.
Le paysage devient de plus en plus désertique, les baobabs et les villages aux huttes de branchages apparaissent, le sable fait son apparition au milieu de la végétation. Après avoir traversé les deux-tiers de cette île-continent nous retrouvons l'Afrique... et la mer, à quelques kilomètres du Tropique du Capricorne.
Une brève visite de Tuléar et, après 1 heure de piste sablonneuse nous nous installons à Ifaty, dans un agréable petit hôtel au bord de la plage. Nous y passerons les 3 derniers jours de notre périple, profitant de la plage et du calme de ces lieux pour nous reposer après ce formidable voyage.
Nous y finissons l'année 2005 par un petit réveillon sympa avec les quelques clients de l'hôtel, et les serveurs du restaurant aux jembés et aux maracas pour assurer l'ambiance musicale.
Dimanche 1er janvier :
Bonne et heureuse année 2006 !
Il faut malheureusement prendre la route du retour : d'abord l'avion de Tuléar à Tananarive, où nous passons la fin de la journée, puis, le mardi 2 à l'aube, départ pour Mahajunga, dans le même petit avion qu'à l'aller... mais à l'heure cette fois-ci !